Problèmes d’estime de soi

Trouble de l’estime de soi

Un trouble de l’estime de soi peut être de trois grands types : basse, faussement haute et oscillante qui est une alternance des deux premiers. Si un trouble de l’estime de soi peut donner lieu à des comportements opposés en apparence, ces trois types sont pourtant plus proches qu’on pourrait le croire à priori. Ils ont en commun de concerner des personnes qui, les unes comme les autres, placent leur valeur au centre de leurs préoccupations et qui cultivent une certaine intolérance à l’imperfection (perfectionnisme). Ils aboutissent tous à des stratégies inadaptées de protection de l’estime de soi.

 

Les estimes de soi « basses » ou « faibles »

Les estimes de soi basses sont plus faciles à dépister. Elles consultent plus souvent, elles peuvent progresser en thérapie de l’estime de soi. Elles se dévalorisent sans chercher à maquiller leurs difficultés. Elles pensent avoir peu ou pas de valeur, et focalisent leur attention sur leurs échecs en les généralisant à toute leur personne (« si j’ai échoué, c’est que je suis nul »). Elles pensent que les autres se focalisent également sur leurs échecs et les jugent négativement (« d’ailleurs tout le monde a bien vu à quel point je suis nul »). Ce sont des personnes qui n’ont pas moins de qualités, ni plus de défauts que les autres. Néanmoins, elles manquent d’indulgence envers elles-mêmes pour leurs imperfections, et ne parviennent pas à remarquer leurs qualités.

Dans les comparaisons sociales, les personnes ayant une faible estime de soi sont indulgentes envers les autres, et sans concession envers elles-mêmes. Tout ceci peut se produire silencieusement, au travers d’un dialogue interne qui peut avoir lieu en permanence dans leur esprit.

Par ailleurs, ces personnes se protègent excessivement de l’échec et du jugement négatif. Elles auront alors tendance à moins s’exposer, sauf si la réussite est assurée, ce qui n’est pas si fréquent. Ceci aboutit à les faire agir moins souvent, à avoir donc moins de réussites, donc à les maintenir dans une estime de soi basse. C’est une stratégie de renoncement et d’évitement.

Ces personnes adoptent aussi cet évitement dans les relations en renonçant à donner leur opinion, en se mettant en retrait, en évitant tout conflit, même en cas de désaccord avec quelqu’un, en recherchant excessivement l’approbation. Il s’agit d’un manque d’affirmation de soi, on parle alors d’un profil « passif » ou « soumis ». En découle une faible exposition sociale.

Une faible estime de soi peut être présente dans certains troubles psychologiques. La dépression donne lieu à une vision négative de soi, du monde, et de l’avenir. La phobie sociale implique la croyance excessive d’être jugé négativement. Dans les troubles du comportement alimentaire (anorexie et boulimie), la peur de la prise de poids et la silhouette prennent une importance excessive et détériorent l’estime de soi.

Les estimes de soi « faussement hautes » ou « défensives »

Les estimes de soi faussement hautes, en revanche, sont plus difficiles à dépister, elles consultent moins souvent, et prétendent généralement aller parfaitement bien. Elles dépensent beaucoup d’énergie pour maintenir une haute opinion d’elle-même, à leur yeux, mais aussi et surtout aux yeux des autres. Une lassitude de l’entourage apparaît souvent progressivement et remplace l’admiration première. C’est pourquoi ces personnes choisissent parfois de changer de fréquentations régulièrement, pour maintenir un niveau d’admiration suffisant. Cette façon de briller, ce besoin d’admiration cache, provisoirement auprès des autres, des imperfections, des failles. Il s’agit d’une construction bancale, qui recouvre une sorte de mensonge auprès des autres, et envers soi-même.

Les comparaisons sociales de ces personnes sont souvent sévères. Envers les personnes en réussites, ou qui attirent l’attention qu’ils convoitent, les personnes ayant une estime de soi défensive montrent une certaine jalousie ou une dévalorisation. En revanche elles se montrent méprisantes envers les personnes qui montrent une faiblesse ou qui sont dominées socialement.

Il s’agit d’estimes de soi fragiles, mais qui évitent de ne plus être au centre de l’attention. Ne plus briller ou ne plus être en position de domination, est ce que redoute ces estimes de soi défensives. À la moindre critique, elles se lancent dans une sorte de plaidoirie. En l’absence de valorisation extérieure, elles défendent leur cause nerveusement pour susciter à nouveau l’attention et l’admiration, comme si leur vie était en jeu. On peut alors parler de surexposition sociale.

 

On retrouve ces fonctionnements problématiques dans des proportions plus grandes encore dans le cadre de deux troubles de la personnalité. Le trouble de la personnalité narcissique, qui se caractérise par une vision grandiose de sa propre importance, par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, ou de beauté, par un besoin excessif d’être admiré. On retrouve dans ce trouble une certaine arrogance, une faible empathie et une capacité à utiliser les autres uniquement pour se mettre en valeur. Selon certains auteurs l’évolution actuelle de notre société, qui accorde beaucoup d’importance à l’image et à la popularité superficielle (par exemple dans la télé-réalité), favorise le développement de ce trouble de la personnalité. Le trouble de la personnalité histrionique se caractérise davantage par un malaise et des émotions négatives lorsque le sujet n’est pas au centre de l’attention, par l’utilisation régulière de son aspect physique pour attirer l’attention, et une expression théâtralisée ou dramatisée.

L’estime de soi oscillante ou instable

Il existe des personnes qui oscillent entre une estime de soi faussement haute et une faible estime de soi. Au moment où leur estime de soi est haute, elles manquent d’indulgence envers ceux qui montrent une faiblesse, ou qui manquent d’assurance en groupe. En revanche, lorsque leur estime de soi s’effondre, au détour d’un échec, d’une baisse de popularité, ou à la suite d’une rupture amoureuse, alors le manque d’indulgence, voire le mépris, se retournera contre elle-même. Dans cette instabilité, reste constant l’intolérance à l’imperfection.

L’estime de soi faussement haute, implique un déploiement d’énergie important qui peut aboutir à un épuisement vers une faible estime de soi. Ainsi, on peut trouver certaines personnes qui passent d’un état à l’autre par épuisement. L’effondrement peut s’avérer brutal et donner lieu à une dépression, mais peut aussi mettre fin à une construction bancale et permettre la construction d’une estime de soi plus saine. Pour d’autres, l’oscillation en yoyo peut durer plus longtemps, et il est plus difficile d’aider une personne qui parvient à remonter à nouveau dans une estime de soi faussement haute.

Ce phénomène est particulièrement marqué dans le trouble de la personnalité borderline, on y retrouve cette instabilité de l’estime de soi, mais l’inconstance concerne aussi le jugement des autres. Ce balancement entre idéalisation et dévalorisation est liée à un fonctionnement dichotomique de la pensée, qui n’intègre pas simultanément les forces et les faiblesses, c’est une pensée en noir ou blanc et cela s’applique à soi comme aux autres. Le trouble de la personnalité borderline concerne des personnes qui adoptent par ailleurs de nombreuses conduites à risques (consommation de drogues, conduite dangereuse, etc).

Une difficulté dans l’estime de soi est souvent associée à des difficultés au niveau de la confiance en soi et sur le plan de l’affirmation de soi, car ces trois dimensions du fonctionnement humain sont interdépendantes.

Joffrey Romon – Psychologue – Toulouse