Trouble anxieux généralisé

« Je m’inquiète trop, et d’ailleurs ça m’inquiète !»

L’inquiétude peut être utile pour motiver la résolution d’un problème réel.  Par exemple lorsqu’une tempête est prévue dans la zone géographique où l’on habite, l’inquiétude sera salutaire si elle nous amène à éviter le danger. Néanmoins chez certaines personnes les inquiétudes apparaissent de manières continues, comme un flot ininterrompu de scénarios pessimistes ou catastrophistes. Les personnes qui fonctionnent ainsi ne peuvent alors jamais trouver le repos, en permanence en train d’imaginer le pire. Elles ont beau savoir que leur production continuelle d’inquiétudes provoquent en elles une anxiété diffuse, un sentiment désagréable d’inconfort – tension, fatigue, troubles du sommeil, difficultés à se concentrer, mauvaise humeur, etc. –, elles se disent alors que cela fait partie de leur personnalité, qu’elles ont toujours été ainsi, et que personne n’y pourra rien changer.

Ces personnes consultent plus souvent un médecin généraliste, ce dernier s’attache alors plutôt aux symptômes physiques et proposera par exemple un calmant en guise de traitement. Passe alors inaperçu l’aspect principal du problème, à savoir cette propension à se faire du souci de façon excessive, qui passera alors au second plan. Un diagnostic juste peut éviter des années d’incompréhension et de souffrance inutile. Cette tendance à se faire du souci de façon excessive correspond au trouble anxieux généralisé (TAG). Ce qui caractérise le TAG et le différencie des autres troubles anxieux se situe surtout dans cette tendance cognitive à s’inquiéter de façon excessive et continuelle (attente avec appréhension), sur divers événements ou d’activités (tel le travail ou les performances scolaires) avec une difficulté à contrôler cette tendance à l’inquiétude. Les inquiétudes s’accompagne d’une anxiété qui se manifeste par des symptômes – agitation, fatigue, difficultés de concentration ou trous de mémoire, irritabilité, tension musculaire, difficultés d’endormissement.

 

Bien souvent les sujet qui souffrent d’un TAG entretiennent la ferme conviction que leurs inquiétudes sont utiles dans leurs vies comme un moyen efficace permettant de contrôler les événements futurs en diminuant les chances que quelque chose de négatif se produise. Le fait de percevoir comme utile le fait de s’inquiéter amène à entretenir le processus. Les patients souffrant d’un TAG sont alors coincés entre l’utilité espérée de se soucier de tout (par exemple, prévenir les dangers auxquels leurs proches sont soumis) et le désir de ne plus imaginer de scénarios catastrophistes à éviter, pour se sentir mieux, ce dernier choix étant difficilement envisageable puisqu’il donne leur donne l’impression de laisser les malheurs se produire et d’abandonner leur rôle social (« Si je ne me fais plus de souci, qui va le faire à ma place ? »). Peuvent apparaître chez les patients des croyances sur les conséquences négatives de leurs inquiétudes (« Je m’inquiète constamment, je vais devenir fou », « Je vais péter un plomb à force de m’inquiéter »). Les patients s’inquiètent alors de trop s’inquiéter, et sur les conséquences que cela pourrait avoir sur leur santé mentale.

En thérapie il existe des outils pour aider à réduire les inquiétudes inutiles sans supprimer les inquiétudes utiles, puisque nous l’avons vu, certaines donnent lieu à une anxiété adaptée, et un comportement salutaire. Alors comment distinguer une inquiétude utile d’une inquiétude inutile ? C’est une question fondamentale que les personnes souffrant d’un TAG doivent se poser plus souvent. En thérapies comportementales et cognitives du TAG on distingue deux types d’inquiétudes (utiles et inutiles), et les patients souffrant d’un TAG apprennent en thérapie à faire cette distinction progressivement, et rigoureusement. Le triage des inquiétudes consiste à écrire toutes les inquiétudes qui nous traversent et que nous ne parvenons pas à chasser de notre esprit sur une feuille, il s’agit ensuite de les classer. Inutile, si aucune action ne peut changer le problème, ou s’il a peu de chance de se produire ou encore s’il n’est pas d’actualité. Utile, si une action peut changer le problème et s’il se pose actuellement ou s’il a de grandes probabilités de se produire.

Il n’est pas rare que le patient souffrant d’un TAG se rendre compte que la majorité de ses inquiétudes sont inutiles, et qu’un petit nombre, en proportion, réponde à la définition d’une inquiétude utile. L’objectif sera alors de mettre en place les comportements de résolution de problème pour répondre à ces inquiétudes utiles, ces objectifs peuvent alors focaliser l’attention du sujet, et mobiliser son énergie, par l’action. Alors qu’il sera focalisé sur ces objectifs là, il le sera naturellement moins sur des inquiétudes inutiles. C’est déjà un premier pas important vers l’amélioration du vécu d’une personne souffrant d’un TAG. Bien entendu, il n’est pas sain d’être à tous moment dans l’action, il arrivera forcément des moments où toutes les tâches utiles auront été accomplies, là un certain « vide » peut être une difficulté pour une personne habituée à s’inquiéter de manière excessive. Cette situation correspond parfois à la fin de la journée, au couché. Justement, pour les personnes qui souffrent d’inquiétudes excessives, les insomnies d’endormissement sont fréquentes dans ce moment de calme et de silence durant lequel aucune activité de résolution de problème ou de distraction ne peut détourner l’attention des inquiétudes. Il arrive d’ailleurs fréquemment que les personnes qui souffrent d’un TAG prennent l’habitude de se lancer dans des activités permettant de les divertir de leurs inquiétudes, comme regarder de nombreuses séries télévisés. Dans d’autres cas des patients utilisent des médicaments, de l’alcool, ou autres substances afin de diminuer leur anxiété et pour ne plus réfléchir de façon si soucieuse. Le TAG peut alors se compliquer en addiction. D’où l’intérêt d’une méthode qui permette de réduire cette tendance à l’inquiétude et qui ne passe pas par une diversion ou une substance. Nous y venons.

 

Lorsque toutes les inquiétudes utiles ont été résolues à la fin d’une journée, il est en effet difficile pour certains de se poser, de se reposer, sans s’inquiéter inutilement à nouveau. C’est à ce moment là qu’une autre méthode peut être d’une grande utilité et qui a fait ses preuves également dans de nombreux autres troubles anxieux et dépressifs. Après le triage des inquiétudes, et la résolution des problèmes « réels » qui répondent aux inquiétudes utiles, il convient de proposer la méditation de pleine conscience (« mindfulness »). C’est une pratique dont la consigne est assez simple, mais dont la mise en application demande un entraînement régulier. Il s’agit de porter son attention intentionnellement sur ses perceptions sensorielles qui se présentent ici et maintenant, et lorsque notre attention se déplace vers des inquiétudes ou d’autres pensées qui concernent le passé ou le futur, sans jugement, il s’agit simplement ramener son attention vers ses perceptions sensorielles actuelles, autant de fois que cela sera nécessaire. Les méditants conseillent de focaliser son attention sur les perceptions qui accompagnent la respiration, et le trajet de l’air qui entre et ressort de nos poumons, il est également possible porter son attention sur les perceptions tactiles que l’on ressent successivement dans différentes partie du corps. Porter son attention sur les perceptions actuelles est un entraînement dans lequel on ne réussit pas toujours parfaitement, la pratique régulière permet de progresser dans cette aptitude à laisser passer les inquiétudes sans s’y accrocher et pour accorder moins de crédits aux scénarios catastrophistes.

Joffrey Romon – Psychologue – Toulouse