Comprendre et soigner les traumatismes par l’EMDR

Neurobiologie du stress post traumatique
et son traitement par l’EMDR

Un traumatisme donne lieu à des mécanismes neurologiques spécifiques dont la compréhension a évolué au cours des dernières décennies grâce au progrès de l’imagerie médicale (IRM, scanner). Cette nouvelle approche donne un éclairage utile sur la prise en charge des traumatismes par l’EMDR (Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires) dont les ingrédients thérapeutiques entrent en résonance avec l’apport des neurosciences.

Neurobiologie du stress post traumatique

Pour comprendre ce qui se passe lors d’un traumatisme  psychique il importe de décrire le fonctionnement du cerveau émotionnel (système limbique). Cette zone du cerveau gère de façon inconsciente les émotions comme la peur, la colère, la tristesse, ou la joie, mais aussi le stress qui est à la base de toutes ces émotions. Dans le cerveau émotionnel, l’amygdale est considérée comme le centre de la peur. Il interprète le stress comme le signe qu’un danger extérieur nous menace, il réagit alors immédiatement par une sécrétion d’hormones de stress comme le cortisol et la noradrénaline. Ces hormones entraînent notamment une accélération du rythme cardiaque, l’objectif adaptatif étant de préparer le corps au combat ou à la fuite. Pendant ce temps le cortex préfrontal se désactive, cette zone est le siège de la pensée consciente, de l’abstraction, du langage, et du raisonnement logique. Mais réfléchir retarderait les réflexes de survit, c’est pourquoi, en cas de stress aigu, le cortex préfrontal est débranché par l’amygdale, il s’éteint.

Pour illustrer ce propos on peut imaginer une personne qui doit compter les papillons dans un bois, et qu’un ours arrive, la personne n’arrivera plus à compter correctement les papillons et prendra plutôt la fuite, et ceci par l’action de l’amygdale qui aura pris le pouvoir dans le fonctionnement du sujet et aura éteint toutes le zones qui ne sont pas importantes pour la survie dont le cortex préfrontal. Le problème c’est que pour une personne souffrant d’un état de stress post-traumatique (ESPT), l’amygdale est comme “persuadé” que le danger persiste bien après l’événement traumatique, l’amygdale est alors anormalement activé et maintient un stress chronique. Pour reprendre notre exemple, le sujet ne pourra toujours pas compter les papillons, alors que l’ours n’est plus présent. Ce stress chronique fini par attaquer les cellules de l’hippocampe dont le rôle est justement d’éteindre l’amygdale une fois l’événement dangereux révolu pour permettre au cortex préfrontal de s’activer à nouveau.

Ainsi dans l’ESPT le souvenir traumatique reste coincé dans le cerveau émotionnel, une fois le danger révolu, l’amygdale continu à maintenir ce souvenir dans cette zone du cerveau, mettant hors jeu l’hippocampe dont le rôle serait de refaire le lien avec le cortex préfrontal qui permettrait alors de relativiser le danger lié au souvenir traumatique ou perturbant, de prendre conscience que le danger est révolu, en quelque sorte de digérer le traumatisme .

Le traitement du traumatisme par l’EMDR

EMDR définition :  Eye-Movement Desensitization and Reprocessing, ou Désensibilisation et Retraitement par les Mouvements Oculaires.

C’est une nouvelle approche de psychothérapie découverte et développée à la fin des années 80 par Francine Shapiro. Cette méthode utilise des stimulations bilatérales alternées (STA), soit par stimulations visuelles bilatérales alternées, soit par des stimulations auditives ou tactiles bilatérales alternées, pour induire une résolution rapide des symptômes liés à des événements traumatiques ou perturbants. Cette méthode est devenue un des traitements de l’ESPT ayant occasionné le plus grand nombre d’études cliniques. Ces dernières ont montré l’efficacité de l’EMDR pour la résolution de l’ESPT. L’EMDR se base sur un protocole en 8 phases et nécessite une formation auprès d’association comme l’EFPE (Ecole Française de Psychothérapie EMDR). 

EMDR technique : Dans la première phase appelée « histoire du patient », le patient exprime son histoire, ce qui permet au psychologue de conceptualiser le cas et d’identifier des cibles, c’est-à-dire des souvenirs qui pourront être traités.

La seconde phase appelé « préparation » permet au psychologue de faire comprendre ce qui se passe lorsqu’un événement perturbe le fonctionnement actuel d’une personne et ce qui se passe lors d’un traitement par EMDR. C’est l’occasion de montrer que le souvenir perturbant a été stocké de façon dysfonctionnelle, et qu’il est ainsi resté en quelque sorte coincé dans le cerveau émotionnel. Le thérapeute explique aussi que la stimulation bilatérale alternée combinée à la remémoration du souvenir traumatique est l’ingrédient psychothérapeutique qui permet au cerveau de reconnecter ce souvenir avec le cortex préfrontal duquel il était jusque là écarté par l’action de l’amygdale. L’EMDR répond à la question de comment stimuler le cortex préfrontal à l’évocation d’un souvenir traumatique, ce qui permet de le digérer alors que jusque là il était resté physiologiquement coincé dans le cerveau émotionnel. Le psychologue peut étayer cette explication par un schéma, s’il sait dessiner, il peut représenter les différente partie du cerveau, ou s’aider de la littérature scientifique qui regorge d’images (IRM, Scanner) ou de dessins illustrants ces parties du cerveau. Le psychologue amène ensuite le patient à se remémorer un souvenir positif que l’on appelle le « lieu sûr », ce qui permet au patient d’avoir accès à un environnement mental qui peut servir de bouée de sauvetage au cas où il se sentirait mal à cause d’un souvenir trop pénible. Le patient est aussi informé du fait qu’il peut stopper la stimulation bilatérale alternée à tout moment en faisant un signe sur lequel le patient et le thérapeute se mettent d’accord. Ainsi le patient garde à l’esprit qu’il garde le contrôle sur le processus, ce qui n’était pas forcément le cas au moment de l’événement traumatique. 

C’est alors que le thérapeute amène le patient, dans la troisième phase nommé « évaluation » à se remémorer le souvenir cible qui a été choisi pour le protocole tout en recherchant la pensée négative sur lui-même qui y est associée et qui continue à résonner comme vrai dans le présent, il s’agit aussi de trouver la pensée positive que le patient aimerait avoir sur lui-même en se remémorant l’événement. Le patient est aussi invité à exprimer son niveau de perturbation émotionnelle de 0 à 10 lorsqu’il songe à ce souvenir perturbant (cette mesure est nommé le SUD : Subjective Unit Disturbance). Et le degré de croyance de 0 à 7 qu’il accorde à la pensée positive lorsqu’il songe à ce même souvenir (cette mesure est nommée la VOC : Validity Of Cognition). Généralement, avant la phase de stimulation bilatérale alternée, le SUD est élevé, et la VOC est faible.

Commence alors la quatrième phase dite de « désensibilisation », le patient se remémore le souvenir cible, et le thérapeute l’invite à se focaliser en même temps sur les stimulations bilatérales alternées pendant une trentaine de seconde, puis à exprimer ce qu’il lui vient à l’esprit spontanément. Durant ce processus, la connexion avec le cortex préfrontal se fait par l’association du souvenir cible au reste du réseau de mémoire qui se trouve dans cette zone du cerveau et auquel il n’a pas encore été associé. Plusieurs explications ont été données pour rendre compte de l’efficacité de l’EMDR, et la plus pertinente semble être la ressemblance entre les mouvements oculaires proposés et les REM (Rapid Eye Movement) que les yeux exécutent inconsciemment durant le sommeil paradoxal. Les spécialistes du sommeil considèrent cette phase du sommeil, pendant laquelle nous rêvons, comme le moment où nous organisons nos souvenirs de la journée en les classant en quelque sorte dans notre mémoire à long terme. Autrement dit les mouvements rapides des yeux, lors du sommeil paradoxal, contribueraient à faire le tri dans notre mémoire à court terme, avant de l’intégrer à notre mémoire à long terme, ce tri implique donc d’écarté les informations inutiles, pour ne conserver que ce qui permettra de fonctionner à long terme. Ainsi le sommeil paradoxal est naturellement impliqué dans une sorte de digestion des souvenirs perturbants ou traumatiques. Le procédé de mouvement oculaire est répété tant que de nouvelles associations apparaissent. Lors de cette phase, le patient voit parfois resurgir des souvenirs de façon inopinée peut apparaître de la sorte une mémoire traumatique jusque là oubliée. Ces derniers peuvent être douloureux, et peuvent aussi être plus anciens encore que le souvenir ciblé au départ. Le patient est dans ce cas invité à continuer, on lui dit parfois que c’est un moment difficile à traverser, le thérapeute doit donc être soutenant dans ce genre de manifestation et encourager le patient à poursuivre ses associations d’idées jusqu’au bout. Lorsque que les associations d’idées du patients sont épuisées, le psychologue demande à nouveau une évaluation de la perturbation (SUD) en lien avec le souvenir de départ, ce n’est que lorsque que cette mesure est à 0 ou 1 à deux reprises que l’on peut passer à la phase suivante.

Dans la cinquième phase nommée « installation de la croyance positive » on mesure à nouveau le degré de crédit accordé par le patient à la croyance positive (VOC), celle-ci doit être à 6 ou 7 à deux reprises pour passer à la phase suivante . 

La sixième phase appelée « scan corporel » consiste à demander au patient de passer en revue son corps de la tête au pied et d’informer le psychologue ce qu’il ressent d’agréable ou de désagréable. Le « scan corporel » doit également être fait deux fois sans perturbations ni sensations désagréables pour passer à l’étape suivante.

Dans la septième phase de « clôture » on félicite le patient d’avoir eu le courage de s’exposer à son souvenir perturbant, et on l’informe que le travail va se poursuivre après la séance, car le cerveau a établi un lien inédit entre un souvenir et un réseau de mémoire duquel il était jusque là coupé par l’action de l’amygdale. La huitième et dernière phase du protocole dite de « réévaluation » a lieu lors de la séance suivante, souvent une ou deux semaines après. Il s’agit de mesurer à nouveau la perturbation émotionnelle et la cognition positive (SUD, VOC) en lien avec le souvenir cible choisi lors de la séance précédente.

Joffrey Romon – Psychologue – Toulouse

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