Thérapie de l’estime de soi

Apprendre l’art de s’apprécier soi-même durablement

Un apport de la psychologie moderne est d’avoir établi que le changement, ça s’apprend. Il est possible d’améliorer son estime de soi, il est donc essentiel de cesser de croire que tout est déjà joué depuis l’enfance. Mais comment s’y prendre ? Voici quelques clefs.

Changements progressifs et réalistes, ou déclic définitif et spectaculaire ?
Agir sur la durée, et ne pas attendre une sorte de déclic qui réglerait tout définitivement, est l’une des clefs importante pour progresser dans sa façon de s’estimer. Dans une thérapie de l’estime de soi, des résultats positifs apparaissent assez tôt, mais il faut être prêt, lors d’un moment de fatigue, ou lors d’un échec, à ce que reviennent parfois les fonctionnements antérieurs. Ceci ne signifie pas que le changement est impossible et que les efforts ont été inutiles, mais plutôt qu’une thérapie n’agit pas comme une baguette magique. Lorsque notre ancien fonctionnement resurgit, pour ne pas y rester figé, les efforts doivent être poursuivis. Le changement se produit par une série de petits déclics consécutifs plus que par un unique déclic salvateur qui répond à une vision spectaculaire plus adapté à la fiction qu’à la réalité.

Pour réussir, l’objectif doit être réaliste, on ne transforme pas une personne pleine de doutes et figée dans l’inaction, en une personne pleine d’assurance et sans aucune hésitation. Les personnes qui réussissent agissent malgré des inquiétudes, c’est une subtilité importante à saisir en thérapie de l’estime de soi. Il s’agit donc plutôt de permettre aux personnes jusqu’alors figées par l’auto-dévalorisation, de délaisser les stratégies d’évitements qui les maintiennent dans une vie appauvrie, et une faible estime de soi.

Soigner son dialogue interne
Toute personne a des forces et des faiblesses. Une estime de soi saine implique de les reconnaître en soi, il faut donc apprendre à tolérer ses imperfections, sans les nier, ni les ressasser sévèrement, à travers un dialogue interne autodestructeur. Un travail à faire avec les personnes qui consultent avec une faible estime de soi, est de les amener à remarquer à quel point elles se parlent mal, silencieusement, et parfois très furtivement, dans leur dialogue interne. « Incapable ! », « Tu n’es bonne à rien », « Tu échoues dans tout ce que tu fais », « Quel idiot ! », « c’est bien fait pour toi », « tu es ridicule», etc.

Certains psychologues comparent ce dialogue interne à une « radio critique » destructrice pour l’estime de soi. La psychothérapie peut entraîner le patient vers un dialogue interne plus indulgent, moins hostile, plus bienveillant et encourageant. Sans aller jusqu’à s’exprimer un amour passionnel et tomber dans le narcissisme, nous pouvons devenir notre propre ami à travers un dialogue interne qui admet nos faiblesses, nous rappelle nos forces, et nous encourage à l’action, malgré l’incertitude et l’imperfection. « Essayes, tu n’as pas besoin de viser une réussite spectaculaire », « Tu n’as pas réussi cette fois, mais c’est bien d’avoir essayé », « tu peux être fière de toi, tu as fourni un bel effort, et le résultat est plutôt bien », etc.

Les actions
L’action est incontournable pour améliorer l’estime de soi. Des actions doivent être répétées de façon régulière et durable. On n’apprend pas une langue, un sport, ou à jouer d’un instrument, en une fois, cela demande un effort continu, une répétition sur la durée. Pour améliorer l’estime de soi, c’est la même chose. On peut distinguer deux formes d’actions : les premières se font seules, à l’écart du regard des autres, les secondes se font dans l’interaction sociale, en relation avec les autres.

Pour les actions individuelles, à l’écart du regard des autres, les personnes à basse estime de soi, peuvent avoir tendance à renoncer, en pensant qu’elles ne seront pas à la hauteur, qu’elles seront médiocres. L’idée dans ce cas est d’agir même de façon imparfaite, avec un faible niveau, de l’accepter, et d’avoir conscience que l’expérience permet le progrès. On peut aussi prendre d’autres critères pour évaluer l’utilité d’une action, comme le plaisir ou la découverte.

Pour les actions tournées vers les autres, c’est le même principe, mais l’enjeu peut être plus fort. Des sentiments de honte, la peur du rejet, ou la peur du ridicule peuvent apparaître. Cela peut entraîner la tentation de rester en retrait, ou d’adopter une posture soumise pour obtenir l’approbation et pour éviter la critique. Face à ces obstacles, il convient d’encourager à l’acceptation de ses imperfections visibles, et à la prise de conscience du fait que, souvent, les autres ne nous jugent pas aussi sévèrement que nous le pensions. On peut aussi apprendre, en thérapie d’affirmation de soi par le jeu de rôles à répondre à ceux qui nous jugent sévèrement, il peut d’ailleurs s’agir de personne qui ont elles-mêmes une estime de soi faussement haute et tout aussi fragile au fond, puisqu’elle montrent une intolérance à l’imperfection. Notre société qui met souvent en avant la performance et la réussite, peut induire dans l’erreur de croire que seuls les performants, les gagnants, peuvent se mettre en avant, et que les autres doivent rester en retrait, spectateurs. Il importe donc d’intégrer qu’il n’est pas nécessaire d’être performant pour avoir droit au respect et à l’attention.

Se décentrer de son estime de soi
Une ultime compétence peut être développée au bout d’un certains temps, c’est la capacité à s’oublier. Le fait d’améliorer son estime de soi aboutit souvent à un changement au niveau de la place qu’occupe ce sujet dans l’esprit d’une personne. Lorsque l’estime de soi est fragile, qu’elle soit faible ou faussement haute, elle est alors le centre des préoccupations du sujet, avec des stratégies inefficaces pour la protéger à tout prix (évitement, renoncement, ou au contraire briller, se placer au centre de l’attention). En revanche, lorsque l’estime de soi s’améliore durablement, elle devient moins présente à l’esprit, elle n’est plus au centre de toutes les préoccupations du sujet, qui alors s’attarde sur beaucoup d’autres sujets, comme agir dans le sens de ses valeurs, s’intéresser à un sujet, un domaine culturel, prendre du plaisir dans une action qui n’apporte rien à sa valeur, une activité sans intérêt pour l’estime de soi. Paradoxalement, la motivation à agir dans une activité qui n’apporte rien à son estime de soi, est signe de bonne estime de soi. À méditer.

Joffrey Romon – Psychologue – Toulouse