Thérapie de la confiance en soi

Apprendre à agir en connaissant ses forces et ses faiblesses

La confiance en soi est une une évaluation de ses capacités, ce qui implique qu’elle peut évoluer. C’est un précieux avantage en psychothérapie. Cette possibilité d’évolution permet à chacun de progresser dans la connaissance de ses forces et de ses faiblesses. Ce potentiel évolutif encourage aussi à entamer des efforts utiles pour s’améliorer sur certains points. Prendre conscience que la confiance en soi peut changer, et croire en l’utilité de l’effort et de l’engagement dans certaines actions, sont des éléments fondamentaux pour restaurer la confiance en soi lorsqu’elle fait défaut. C’est tout l’enjeu de la thérapie de la confiance en soi, elle peut aboutir à l’amélioration de certaines capacités et de certains comportements, elle fait évoluer favorablement la façon de mener à bien certains projets et certaines relations. Ces changements positifs restaurent par l’action et l’effort la confiance en soi.

L’abord cognitif
L’abord cognitif passe par la méthode du questionnement socratique, qui consiste en une observation des croyances qu’un patient entretient sur ses capacités. Il s’agit de ne pas les remettre immédiatement en question, pour d’abord en tirer les conséquences possibles. Un patient peut, par exemple, exprimer que sa croyance sur son incapacité à réussir un examen l’amène à ne pas s’y présenter, ce qui renforce sa croyance en son incapacité à réussir cet examen.

Il importe également de questionner le patient sur le crédit qu’il accorde à sa croyance. A quel point est-il convaincu de cette croyance ? À 10% ? À 50% ? À 90% ? Le questionnement socratique permet de considérer la croyance du patient dans un premier temps comme juste, puis dans un second temps de chercher des arguments en sa défaveur. Ceci permet de faire observer au patient que sa croyance n’est pas forcément basée sur des éléments concrets, mais parfois plutôt sur des spéculations non vérifiées. Il s’agit ensuite de considérer avec le patient d’autres hypothèses plausibles sur l’estimation de la capacité en question.

La thérapie cognitive peut aussi aborder la question de la possibilité de progresser, c’est la question du changement. Peut être également abordée la question de l’utilité espérée de l’action et de l’effort. Le patient pense-t-il que le changement est possible ? Pense-t-il que les efforts sont utiles ? Pense-t-il que l’action ne changera rien à son manque de confiance en ses capacités ? Différentes observations peuvent émerger de ces questionnements. Le patient peut par exemple prendre conscience qu’il a souvent pensé que le changement était impossible, que les efforts ne changeaient rien aux capacités des individus, et qu’à ce titre s’engager dans l’action n’était pas vraiment une solution à ses problèmes. Généralement ces questionnements à eux seuls produisent déjà un effet, des déclics peuvent se produire chez l’individu. Une remise en question subtile peut apparaître, ou même avoir lieu sans que le thérapeute ne s’en aperçoive immédiatement. Un retour de l’espoir et une augmentation de la motivation surgissent parfois de cette phase de questionnement des croyances du patient. Ces changements cognitifs (croyances) et émotionnels (espoir) constitueront un levier précieux pour la suite de la psychothérapie.

Assez naturellement, la prise en charge va alors cheminer vers une invitation faite au patient à vérifier concrètement ses différentes capacités, à mettre à l’épreuve des faits ses estimations initiales sur l’utilité de l’action et des efforts, sur la possibilité du changement, sur les effets du travail et de l’entraînement sur ses capacités les moins aguerries. Il s’agira alors de bien respecter le rythme et la motivation du patient.

La phase comportementale
Lors de la phase comportementale qui se combine étroitement avec l’abord cognitif dans les Thérapies Comportementales et Cognitives (TCC), l’intérêt se situe dans la mise en place d’actions concrètes pour permettre un réel progrès dans l’évolution du patient. Lors de cette phase comportementale, les mises en situation successives et progressives se décident de façon collaborative avec le patient, avec son accord, et en respectant son rythme. Ces programmations d’actions concrètes ne se font que si le patient se sent prêt, motivé et se matérialisent sous forme d’agenda des tâches. Les actions programmées doivent être de difficultés croissantes, et ne doivent pas démarrer avec des tâches trop difficiles pouvant provoquer une mise en échec.

Certaines actions permettent la mise à l’épreuve des faits d’une croyance sur une capacité potentiellement sous-estimée par le patient, et pour laquelle le questionnement aura permis un début de remise en question. Il peut s’agir par exemple de se présenter à un concours ou un examen, de la lecture d’un ouvrage, du fait d’écrire une lettre de motivation, d’une prise de parole pour exposer des arguments, écrire un article sur un sujet sur lequel on a déjà lu plusieurs ouvrages, etc. Il existe un grand nombre de situations pour lesquelles l’action elle-même peut infirmer par les faits une croyance en une incapacité. Ici il s’agit d’aider le patient à oser, à tenter, à prendre un risque, c’est l’action qui permet alors de restaurer la confiance en soi.

D’autres actions peuvent avoir pour objet d’engager des efforts pour progresser sur un point faible, à améliorer par l’entraînement, l’apprentissage ou une formation. Cette possibilité de faire évoluer une capacité, l’engagement dans l’effort d’apprentissage est une perspective indiquée dans de nombreuses situations. C’est là que trouve son intérêt le questionnement sur l’utilité de l’effort et son effet sur le potentiel de changement, notamment sur les points faibles du patient. C’est l’entraînement, dans cette configuration, qui permet d’augmenter la confiance en soi. Il peut s’agir de s’inscrire dans une formation, de lire des ouvrages sur un sujet qu’on ne maîtrise pas et qu’on aimerait connaître, il peut s’agir de s’engager progressivement dans un sport, ou dans un exercice physique. Il peut s’agir aussi d’apprendre à s’affirmer  en donnant par exemple son opinion sur un sujet pour progresser dans l’argumentation et dans le fait de faire valoir ses idées. Cette dernière dimension de la confiance en soi, en rapport avec la relation à l’autre, fait référence à la capacité d’affirmation de soi.

Dans une thérapie de la confiance en soi, le patient a donc des tâches à accomplir entre les séances. Chaque séance est alors l’occasion d’évoquer les actions qui ont été accomplies avec ou sans succès depuis la séance précédente. Il s’agit aussi de discuter sur ce que ces actions disent des capacités réelles de l’individu. De mettre en perspective ces observations basées sur l’expérience en les comparant avec les croyances initiales du patient sur ses capacités, celles qu’il exprimait en début de prise en charge. Ceci est un argument supplémentaire en faveur de l’utilité de l’action et de la possibilité de changement que le patient peut lui-même apprécier. L’objectif de la psychothérapie n’est pas d’amener le patient à tout réussir mais plutôt de l’aider à progresser dans une connaissance plus réaliste de lui-même, de ses points forts, et de ses points faibles, en ayant conscience que ces derniers peuvent être améliorés par certains efforts ciblés. Il est à noter que la confiance en soi, l’estime de soi, et l’affirmation de soi sont intimement liés dans le fonctionnement humain, des progrès sur le plan de la confiance en soi ont des conséquences positives sur l’estime de soi.

Joffrey Romon – Psychologue – Toulouse