Affirmation de soi par le jeu de rôles

Apprendre l’art du respect réciproque


La phase diagnostic des difficultés d’affirmation de soi

Lorsque nous recevons un patient pour des difficultés relationnelles, nous sommes amenés à demander des précisions. Il s’agira d’abord de préciser dans quel(s) cadre(s) relationnel(s) se posent les difficultés.

  • Est-ce dans le cadre scolaire (pour un enfant), dans le cadre professionnel (pour un adulte), auprès des collègues, des supérieurs hiérarchiques ou des subordonnés ?
  • Y a-t-il harcèlement ?
  • Est-ce au sein des relations familiales, amicales, ou une relation de couple, etc ?
  • Les réponses dévoileront si les difficultés portent sur une partie ou sur toutes les relations du patient.

Le diagnostic s’affine ensuite vers une revue de chaque domaine d’affirmation de soi. Ceci permet de savoir si le patient parvient à engager une conversation, la maintenir et y mettre un terme, s’il parvient à formuler des demandes, à faire un compliment, à exprimer une critique. Il importe aussi de savoir comment le patient réagit face aux critiques destructrices ou constructives, s’il parvient à formuler un refus (savoir dire « non »), et comment il reçoit les compliments. On peut aussi demander si le patient parvient à s’exprimer en public. Les réponses permettent d’établir si les problèmes d’affirmation de soi sont localisés à certains domaines d’affirmation de soi comme la demande, ou la réception de critiques blessantes, ou si ces difficultés sont généralisées à tous les domaines. Ces éléments orienteront la durée de la thérapie, qui peut évoluer de quelques semaines à quelques mois, rarement plus d’un an.

Son comportement non-verbal, son intonation, permettront de formuler des hypothèses sur le profil relationnel du patient. S’agit-il plutôt d’un profil passif ou dominant ?  On peut rechercher aussi des difficultés plus complexes comme le phénomène de compensation d’affirmation, ou l’effet cocotte minute.

On propose ensuite au patient de classer les situations par ordre de difficultés, de la plus facile à la plus difficile, en précisant pour chacune le niveau de difficulté de 0 à 100. Tous ces éléments orienterons la thérapie d’affirmation de soi vers les jeux de rôles adaptés aux situations qui posent problème.

La phase thérapeutique par le jeux de rôles

Le principe de mise en situation par jeu de rôles, son utilité pour susciter des progrès en affirmation de soi, doivent être expliqués au patient. Bien entendu, ce dernier ne doit pas être pris par surprise, et doit être prévenu et préparé à la situation. Un jeu de rôles peut avoir lieu lorsque le patient se sent prêt, et qu’il a bien exprimé sa volonté d’y participer.

Imaginons qu’un patient ait formulé une difficulté à refuser les demandes provenant d’un collègue de travail. Le psychologue se proposera de jouer le rôle du collègue, et proposera au patient de jouer son propre rôle, tel qu’il le fait habituellement.


Premier jeu de rôles

Psychologue :  Jean, est-ce que tu peux me remplacer samedi prochain ? On fête l’anniversaire de mon épouse, et notre fille vient de Paris lui rendre visite pour l’occasion.
Jean :  D’accord, pas de problème, si c’est important que tu y sois je comprends.
Psychologue :  Merci Jean tu me sauves la vie, je te revaudrai ça !

Fin du jeu de rôles

Psychologue :  Comment vous sentez-vous et quelle opinion avez vous de vous-même après cet accord ?
Jean : Ah ça je me sens pas terrible, ça m’énerve, j’ai vraiment l’impression d’être la bonne poire ! On est 8 dans le service, et c’est systématiquement à moi qu’on demande. En plus ce week-end, on envisageait d’aller à la campagne avec mon épouse, je sens que ça va la décevoir.
Psychologue :  Et qu’est ce que vous auriez aimé pouvoir répondre à votre collègue ?
Jean : Refuser ! Mais avec quel argument ? Je n’ai pas envi de me mettre mon collègue à dos.


Deuxième jeu de rôles avec inversion des rôles

Le thérapeute prendra le rôle du patient, et le patient devra se mettre dans la peau du collègue de travail qui formule la demande, il sera aussi demandé au patient d’insister en cas de refus. Cette phase permettra au patient d’observer, et de modéliser un refus affirmé.

Jean :  Jean, est-ce que tu peux me remplacer samedi prochain ? On fête l’anniversaire de mon épouse, et notre fille vient de Paris lui rendre visite pour l’occasion.
Psychologue :  Non, ça ne va pas être possible. On envisageait d’aller peut être à la campagne avec ma femme ce week-end. Je suis désolé, je comprends que l’anniversaire de ta femme soit important pour toi. Mais tu devrais demander à un autre collègue.
Jean :  Mais tu peux aller en week-end à la campagne une autre fois non ? S’il te plaît ça me sauverait !
Psychologue :  Cela me gène que tu insistes comme ça. Je t’ai souvent rendu service, mais cette fois j’aimerai que tu demandes à un autre collègue. Ce n’est pas juste si c’est tout le temps le même qui arrange les autres dans une équipe. J’espère que tu peux comprendre ça ?
Jean : – Oui je comprends. C’est vrai que tu m’as souvent aidé, et j’ai pris l’habitude de te demander à toi. Tu as raison, je vais aller demander à Christian, désolé d’avoir insisté.

Fin du jeu de rôle

Psychologue :  Alors ? Trouvez-vous que mon refus était excessif ? Qu’il y a de quoi se mettre en colère ?
Jean :  Non. Pas du tout ! Dit comme ça, ça paraît évident, j’aimerais réessayer !
Psychologue :  C’est exactement ce que je m’apprêtais à vous proposer ! Donc vous reprenez votre propre rôle et je vous formule la demande de votre collègue. N’oubliez pas qu’il est important de commencer votre réponse par le mot « non ». Si j’insiste vous pouvez utiliser la phrase « cela me gène que tu insistes », c’est assez efficace en général.


Troisième jeu de rôles

Psychologue :  Jean, est-ce que tu peux me remplacer samedi prochain ? On fête l’anniversaire de mon épouse, et notre fille vient de Paris lui rendre visite pour l’occasion.
Jean :  Non. Je comprends que l’anniversaire de ton épouse est important pour toi, mais on a prévu d’aller à la campagne ce week-end avec ma femme. Ça nous ferait du bien. Tu peux aller demander à un autre collègue, ça m’arrangerait bien.
Psychologue :  Mais la campagne tu peux toujours y aller la semaine d’après, allez sois sympa, un anniversaire ça ne se reporte pas, alors qu’un week-end à la campagne, c’est toujours possible non ?
Jean :  Cela me gène que tu insistes. Je t’ai souvent arrangé, et dans une équipe ce n’est pas juste si c’est toujours le même qui arrange les autres. Est-ce que tu as demandé à d’autres collègues ?
Psychologue :  Non, tu as raison, je suis désolé. J’ai pris l’habitude de te demander à toi. Jusqu’à présent ça me paraissait plus facile, vu que tu disais toujours oui. Mais je me rends compte maintenant que ce n’est pas très juste. Je vais demander à Christian.

Fin du jeu de rôles

Psychologue :  Félicitations, vous vous en êtes très bien sorti je trouve !
Jean :  Oui c’est bizarre, je pensais que ça serait plus difficile, mais finalement j’avais les arguments et la façon de l’exprimer. J’ai respecté l’autre, en me respectant moi-même.
Psychologue : Exactement. Avez vous remarqué aussi que c’est par habitude que votre collègue s’est mis à vous demander à vous plutôt qu’aux autres ?
Jean :  Oui en effet. Si on se laisse marcher dessus, les gens s’y habituent et ne font même plus attention, comme si c’était normal. Il faut que les gens sachent qu’on peut leur dire non de temps en temps.
Psychologue :  En effet, dans un groupe qui se fréquente depuis un certain temps, ceux qui ne savent pas dire non, sont souvent ceux à qui l’on demande en priorité. Ce n’est pas forcément si conscient que ça d’ailleurs, les gens agissent par habitude, et vont vers la facilité.
Jean :  Donc au bout d’un moment si je dis non de temps en temps, on me demandera moins systématiquement à moi, car les collègues sauront que je ne dis pas toujours oui. C’est bien ça ?
Psychologue :  Absolument. Au bout d’un moment les gens s’habitueront à votre nouveau niveau d’affirmation de soi.


Les progrès en affirmation de soi aboutiront à une amélioration de la confiance en soi  et de l’estime de soi , car ces trois dimensions du fonctionnement humain sont interdépendantes .

Joffrey Romon – Psychologue – Toulouse