Se parler à la troisième personne

Un dialogue interne apaisant ?

Il faut toujours prendre un peu de recul sur les études récentes, car leurs résultats s’accompagnent souvent de théories explicatives qui ne sont que des hypothèses, mais aussi parce que les applications thérapeutiques sont parfois inconcevables, ou au minimum, pas évidentes. Comme dans cette étude étude.

Ce qui est prouvé dans cette étude, c’est que s’évoquer un souvenir douloureux à la troisième personne, et non à la première, comme on le fait habituellement dans notre dialogue interne, atténue l’activité de la partie du cerveau liée aux émotions négatives (ici autour du cortex préfontal médian). Cela signifie se parler à soi-même en se disant «il» au lieu de «je», pour se parler de soi. C’est une découverte assez étonnante, rendue possible par les nouvelles méthodes d’imagerie cérébrale. 


Avec beaucoup d’humour, Michel Cymes emploie la troisième personne à haute voix pour parler de lui-même, ce qui peut paraître narcissique, ou mégalomane, mais cela est intentionnel, et nous permet de sourire à l’évocation de cette découverte.


Ce qui semble se produire lors de cet exercice, c’est qu’insidieusement, nous nous mettons à nous percevoir de l’extérieur. Ceci implique une distanciation qui pourrait s’appliquer à la souffrance qui s’en trouverait atténuée. De surcroît peut apparaître une empathie, puisqu’il s’agit d’un autre en souffrance, une empathie qu’on ne s’accorde pas forcément à soi-même, lorsqu’on souffre.

Alors bien sûr, il n’est pas raisonnable de penser à soi en permanence, dans son dialogue interne, à la troisième personne. C’est là que les applications issues de cette découverte en neurosciences s’avèrent limitées. Simplement on peut à certains moment de souffrance, s’imaginer soi, comme un autre que l’on voit souffrir, afin de prendre de la distance, ou de cultiver à son égard une empathie qu’on ne s’accorde pas habituellement.

Cet exercice rappelle une méthode de psychothérapie appelée “reparentage”. Cette technique consiste, pour un psychologue, à inviter le patient, à s’imaginer l’enfant qu’il était, le visualiser pour ensuite lui parler de façon bienveillante, ou protectrice. Il s’agit alors de s’adresser à son enfant intérieur. Cette méthode a pour objectif de pallier des carences affectives venant de l’enfance, mais aussi de soigner des traumatismes infantiles. C’est un outil qui peut donc être particulièrement utile, auprès de personnes ayant vécu une enfance difficile.

Joffrey Romon – Psychologue –Toulouse

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