L’estime de soi

 La valeur qu’on s’attribue

Qu’est ce que l’estime de soi ? Définition

L’estime de soi renvoie à un jugement global sur soi en terme de valeur. Elle repose sur une double évaluation cognitive. D’une part une estimation, plus ou moins réaliste, de sa propre valeur, par soi-même, et d’autre part, une estimation, plus ou moins réaliste également, de la valeur que les autres nous portent. Il s’agit donc d’une pensée, une dimension cognitive, interne et invisible à priori.

Cette capacité humaine à avoir un recul sur soi est naturelle et utile à notre environnement social. D’une part parce que nous sommes des animaux sociaux mais aussi parce qu’elle constitue l’un des fruits de l’évolution de notre espèce. Étroitement liée à la conscience de soi, l’estime de soi est en effet utile pour améliorer notre efficacité et nos performances, et pour ajuster notre comportement, par exemple, si celui-ci n’est visiblement pas acceptable par le groupe. Si elle peut devenir un véritable obstacle, lorsqu’elle nous amène à nous dévaloriser sans cesse, ou lorsqu’elle paralyse toute action, avoir pour objectif de s’en débarrasser radicalement reste pourtant une impasse. On ne peut pas supprimer l’estime de soi.

Les différentes caractéristiques d’une bonne estime de soi

Une bonne estime de soi est une évaluation positive de soi-même, fondée sur la conscience de sa propre valeur et de son importance inaliénable en tant qu’être humain. Une personne qui s’estime se sent digne d’être aimée et d’être heureuse. Une bonne estime de soi nécessite de connaître ses qualités, ses compétences, ses valeurs, mais aussi d’accepter ses imperfections. Elle suppose donc une bonne connaissance de soi, de son corps, de ses capacités physiques (sportives, sexuelles, etc.), intellectuelles, de ses sentiments et de ses besoins.

Il importe par ailleurs de ne ne pas avoir une vision purement quantitative de l’estime de soi. En effet, l’estime de soi met en jeu des caractéristiques qualitatives qui s’avèrent plus déterminantes pour l’équilibre psychologique d’une personne, que la hauteur ou la force de l’estime de soi.

La hauteur : Une bonne estime de soi pourrait naïvement être associée à une haute estime de soi, pourtant certains sujets ayant une haute estime de soi, mais s’avèrent anxieux et peuvent voir leur estime d’eux même s’effondrer si leurs performances ou leur réputation connaissent une baisse. Le propos n’est pas de promouvoir une estime de soi basse, mais simplement de remarquer qu’une estime de soi modérée, moins visible et moins bruyante, peut s’avérer plus profonde et plus solide dans la durée.

La stabilité : Une stabilité relative de l’estime de soi est un signe de qualité du fonctionnement psychologique. Elle implique une amplitude modérée dans les réactions d’un sujet face à l’échec ou un jugement défavorable, mais aussi en cas de réussite ou d’un compliment. Il ne s’agit pas de promouvoir une indifférence totale à l’égard des réussites, des échecs, des jugements positifs ou négatifs. Dans ce cas l’estime de soi ne jouerait plus sont rôle utile pour nous permettre de progresser, et de nous adapter.

La variété : La variété est un autre gage de qualité et contribue aussi à la stabilité de l’estime de soi. Il s’agit d’avoir plusieurs domaines dans lesquels s’investir plutôt qu’un seul. La variété sera particulièrement utile si une personne connaît dans une de ses sphères d’intérêt, une baisse de performance, un échec, ou encore un jugement social revu à la baisse. Dans ce cas, d’autres compétences investis parallèlement, pourront compenser la déconvenue apparue dans un domaine. À ce sujet, l’apparence physique n’est pas un domaine d’estime de soi à proscrire. Surtout si dans le même temps existe un investissement dans d’autres domaines à priori moins éphémères, et pour lesquels l’expérience joue un rôle positif, comme la culture, les études, l’art, la famille, l’amour ou l’amitié. Autre exemple, une rupture amoureuse peut être moins destructrice pour l’estime de soi, si la personne entretient des rapports amicaux ou familiaux valorisant parallèlement.

L’autonomie : L’autonomie relative est aussi une qualité très utile de l’estime de soi. L’estime de soi globale est une sorte de moyenne de deux types de jugements sur notre personne, le notre et celui des autres. On peut accorder un coefficient plus fort à notre propre jugement par rapport à celui que nous portent les autres. C’est alors qu’on peut parler d’une estime de soi plutôt autonome. Il ne s’agit pas ici d’inviter à une autonomie absolue de l’estime de soi qui ne tiendrait aucunement compte du jugement extérieur. Ceci serait problématique pour l’adaptation à l’environnement social et la prise en compte des critiques constructives et justifiées. Il s’agit plutôt de mettre une limite dans l’intérêt accordé aux jugements des autres afin qu’ils ne dépassent pas l’importance accordée à notre propre jugement sur nous-même. Paradoxalement, cette caractéristique de l’estime de soi amène à être d’autant plus apprécié par les autres, car le sujet se base prioritairement sur ses propres valeurs pour se juger, ceci l’amène à faire vivre ses valeurs par des actions, ce qui est souvent apprécié par les autres, même si ce n’est pas le but premier.

Le coût : En terme d’estime de soi, ce n’est pas en dépensant un maximum d’énergie psychologique que l’on obtient les meilleurs résultats. D’une part, indépendamment du regard des autres, si nos standards de réussite laissent place à l’imperfection, cela nous préserve d’efforts épuisants pour atteindre un niveau qui nous satisfait. D’autre part, sous le regard des autres cette fois, si nous restons « économes » dans la promotion et la défense de notre valeur, cela permet des relations plus paisibles, durables, moins conflictuelles, et qui aboutissent moins souvent à des ruptures. L’entourage ressent alors qu’il n’aura pas à déployer une énergie excessive pour parvenir à exister en notre présence. Il saura qu’il peut nous adresser une critique constructive sans craindre de provoquer chez nous une longue plaidoirie défensive, voire un effondrement, et que l’on sera en mesure, sans nous en offusquer, de nous en nourrir pour progresser. Pour finir, avoir une estime de soi économe laisse une place suffisante dans l’esprit du sujet pour tout le reste, toutes les activités qui n’apportent rien à l’estime de soi, mais qui peuvent apporter d’autres choses importantes pour l’équilibre psychologique. Certaines actions non valorisantes, ni pour soi, ni pour les autres, peuvent apporter plaisir, détente, curiosité, surprise ou émerveillement, etc. En ce sens une bonne estime de soi n’occupe pas l’ensemble des pensées d’un individu, ni toutes ses émotions, ni encore l’ensemble de ses activités. La pratique de la méditation de pleine conscience, par exemple, nécessite de porter son attention sur ses perceptions dans le moment présent, ce qui n’est envisageable que si nous sommes en mesure de nous décentrer de l’estimation de notre valeur personnelle.

Une estime de soi stable, modérée, peu coûteuse en énergie, variée et autonome est associée à une bonne confiance en soi, qui implique une vision réaliste de ses capacités, de ses forces et de ses faiblesses. Une bonne estime de soi est aussi associée à une bonne qualité relationnelle, c’est-à-dire à une bonne affirmation de soi. Ainsi l’estime de soi, la confiance en soi, et l’affirmation de soi sont trois dimensions qui s’articulent dans le fonctionnement humain.

Joffrey Romon – Psychologue – Toulouse