L’état de stress post-traumatique (ESPT)

Les événements traumatisants et leurs conséquences psychologiques

Exemple d’un choc post traumatique : un accident de voiture

En tant que psychologue à Toulouse, j’ai été à plusieurs reprises en situation de recevoir des patients qui présentaient les signes cliniques de ce que l’on appelle un état de stress post-traumatique (ESPT). Il s’agit d’un trouble anxieux qui survient au détour d’un événement traumatisant dans lequel sa vie ou celle d’une personne à proximité de soi a été mise en péril.

Les événements traumatisants

Il peut s’agir d’une guerre, d’une catastrophe naturelle comme le tsunami qui a eu lieu dans l’océan Indien le 26 décembre 2004, d’un accident industriel, comme l’explosion de l’usine AZF à Toulouse le 21 septembre 2001. Il peut aussi s’agir de l’un des attentats terroristes qui ont eu lieu en France depuis Mohammed Merah en mars 2012 à Toulouse et Montauban, en passant par l’attentat de Charlie Hebdo et la prise d’otage de l’Hyper Cacher du 7 au 9 janvier 2015, sans oublier l’attentat le plus meurtrier historiquement sur notre territoire le 13 novembre 2015 à Paris et Saint-Denis et au théâtre du Bataclan, et le 14 juillet 2016 à Nice sur la Promenade des Anglais.

Concernant l’ESPT on s’intéresse aux individus qui ne font pas forcément parti des blessés physiques de ces événements, même si cela peut être le cas, nous nous intéressons aux sujets qui étaient présents ou ont eu un membre de leur famille présent sur les lieus et ont été confrontés pendant l’événement à un stress aigu. Une partie de ces sujets développe ensuite, sans blessure apparente, un ESPT. Soulignons qu’un tel trouble psychologique peut également se présenter après un événement moins « médiatisé » comme un accident de voiture, un viol, ou après un événement moins « objectivement » catastrophique. En psychologie, la façon dont un événement est perçu a souvent plus d’importance que sa gravité « officielle » ou « médiatique », en ce sens, un incident qui de l’extérieur peut paraître banal, peut avoir un impact traumatique s’il est perçu comme pouvant mettre en péril son intégrité psychologique ou physique. L’important n’est donc pas forcément l’événement lui-même, mais la façon dont un individu le perçoit. On peut aussi évoquer les « traumatismes complexes », qui font intervenir des signes cliniques de l’ESPT, non pas à la suite d’un événement unique, mais après une séries d’événements répétés, comme dans le cadre du harcèlement ou d’une maltraitance prolongée durant l’enfance. Le traumatisme complexe engendre progressivement, par accumulation, un traumatisme qui s’avère souvent plus long et difficile à traiter qu’un « traumatisme simple » dans lequel un seul événement est à la source du trouble psychologique.

Critères diagnostic de l’état de stress post traumatique du DSM 5

Si les symptômes de l’ESPT sont rencontrés de 3 jours à 1 mois après un événement traumatique, c’est un diagnostic d’état de stress aigu qui sera provisoirement posé. Ce diagnostic laissera place au diagnostique d’ESPT au bout d’un mois si les symptômes persistent. Il arrive également que l’ensemble des critères diagnostiques de l’ESPT apparaissent de manière différée à partir de 6 mois après l’événement, on spécifie alors le diagnostic par la note « avec expression retardée ».

Le diagnostic d’ESPT peut donc être posé à partir d’un mois après un ou plusieurs événements traumatique dans lequel le sujet a été exposé à la mort, à des blessures graves, ou à la violence sexuelle, effectives ou potentielles. Le sujet peut avoir vécu directement l’événement ou être témoin direct de l’événement vécu par d’autres, il peut aussi apprendre que le ou les événements traumatiques ont été vécus par un membre de sa famille proche.

On pose le diagnostic d’ESPT lorsque des symptômes intrusifs associés à l’événement apparaissent sous forme de reviviscences tels que des souvenirs désagréables, envahissants et répétés de l’événement, des cauchemars liés à l’événement, des réactions dissociatives dans lesquelles le sujet revit au présent l’événement (flash-back), une détresse psychologique et/ou des réactions physiologiques marquées lorsque le sujet est exposé à des indices qui lui rappellent un aspect de l’événement.

Le tableau clinique de l’ESPT s’accompagne aussi d’un évitement persistant aux stimulus associés à l’événement, l’évitement peut concerner les souvenirs et/ou ce qui dans l’environnement rappelle l’événement (personnes, lieux, conversations, activités, objets, situations).

On retrouve aussi une altération négative des cognitions et de l’humeur qui se manifeste au travers d’une incapacité à se rappeler d’un aspect important de l’événement, et/ou de croyances négatives persistantes ou exagérées à propos de soi-même, des autres, ou du monde (« je suis mauvais », « on ne peut pas faire confiance aux autres », « le monde est plein de dangers »). L’altération peut aussi se manifester par des cognitions irrationnelles sur les causes ou les conséquences de l’événement, amenant l’individu à se blâmer ou à blâmer autrui, par la présence d’émotions négatives comme la colère, la culpabilité, la peur, l’horreur, ou la honte, par une diminution significative de l’intérêt et/ou de la participation à des activités importantes ce qui va souvent avec un sentiment de détachement ou d’éloignement des autres et une incapacité à ressentir des émotions positives.

On remarque chez les patients souffrants d’un ESPT une perturbation des réactions liée à une activation neurovégétative qui peut se manifester par une irritabilité ou des accès de colère, des conduites à risques ou autodestructrices, une hypervigilance, des réactions de sursaut exagérée, des problèmes de concentration et/ou des troubles du sommeil.

Le diagnostic d’ESPT sera spécifié « avec symptômes de dissociation » lorsque apparaissent aussi une dépersonnalisation (un sentiment d’être détaché de soi-même, d’être un observateur extérieur de ses fonctionnements mentaux ou physiques) et/ou une déréalisation (une impression d’irréalité de l’environnement, qui peut être vécu comme un film, ou un rêve).

Joffrey Romon – Psychologue – Toulouse