Affirmation de soi instable

Des cas particuliers d’instabilités
de l’affirmation de soi

La place d’un individu sur le continuum qui va de la soumission à la domination en passant par l’affirmation de soi  n’est pas fixe. Elle peut varier d’une situation à l’autre, et évoluer au cours du temps chez le même individu. Ces variations ou évolutions peuvent répondre à différentes configurations comportementales dans différentes formes de problèmes d’affirmation de soi.

Le manipulateur ou le profil caméléon

Certaines personnes adoptent un fonctionnement relationnel variable faisant apparaître tour à tour les trois profils, dominant, affirmé et soumis, en fonction de la situation et du profil de l’interlocuteur. Elles se montrent soumises ou passives face aux personnes dominantes, s’affirment face aux personnes affirmées. Auprès des personnes passives ou soumises, elles adoptent un style dominant ou agressif, et si nécessaire de façon dissimulée, c’est à dire à l’abri du regard.
Cette mobilité du comportement rappelle le caméléon qui adapte la couleur de sa peau à son environnement pour rester discret visuellement et échapper à ses prédateurs. De nombreux témoignages indiquent que les personnes qui fonctionnent ainsi occupent souvent un poste à responsabilité. On peut d’ailleurs se questionner sur l’influence de certains postes sur la propension à utiliser la manipulation. Est-ce l’environnement qui entraîne la manipulation ? Ou est ce que ce sont les manipulateurs qui se placent spontanément dans les environnements où cette manipulation est utile ?

Dans les situations les plus fréquentes, la personne qui adopte un fonctionnement de manipulation le fait afin de maintenir ou d’améliorer sa position dans une entreprise ou dans un collectif. On peut alors parler d’un fonctionnement appris par adaptation. Dans cette configuration, c’est l’environnement qui entraîne la manipulation. Celle-ci ne sera donc pas nécessairement présente hors du milieu dans lequel elle présente un intérêt hiérarchique. Il importe aussi de souligner que dans ce cas, la manipulation et ses phases de domination ne seront pas ressenties comme agréables ou jouissives par le sujet, on peut même voir apparaître chez ce dernier une certaine culpabilité, plus ou moins réprimée, et une estime de soi affectée. Il peut aussi arriver que la personne décide de changer d’environnement professionnel ou social au bout d’un certain temps de réflexion parfois au détour d’un travail sur soi, car elle ne s’épanouie pas dans ce fonctionnement.

Dans des cas plus rares et plus critiques, la personne vit la domination de façon agréable voire jouissive et sans aucune culpabilité à l’égard des victimes de leur agressivité. Il ne s’agit alors pas simplement d’un fonctionnement adaptatif mais plutôt d’un trait de personnalité, il représente un véritable risque pour l’entourage relationnel. Ces personnes sont parfois désignées par les termes « pervers narcissiques » ou « personnes toxiques ». L’absence d’empathie et la jouissance ressentie durant la domination sont au premier plan du tableau clinique du pervers narcissique, ces signes expliquent la manipulation. Dans cette configuration, ce n’est donc pas l’environnement qui crée le fonctionnement de manipulation mais bien le manipulateur qui cherche l’environnement adapté à sa personnalité. L’objectif est donc pour ces personnes d’augmenter leur potentiel de domination pour ainsi augmenter leur pouvoir et leur plaisir malsain. La dissimulation du comportement agressif peut être employée pour que puisse perdurer dans le temps ce potentiel tout en gardant une bonne réputation. Logiquement, ce sont des personnes qui ne consultent généralement pas de psychologue pour cette raison. En revanche les victimes de ces manipulateurs sont souvent amenées à consulter un psychologue pour parvenir à ne plus se laisser détruire sans réagir, et pour restaurer leur estime de soi et leur confiance en soi.

Le phénomène de compensation

D’une situation à l’autre la position entre soumission et domination peut être variable. Il est envisageable qu’une personne soit plutôt soumise dans le cadre amical, plutôt dominante dans une relation conjugale, et affirmée auprès du reste de sa famille. Un problème d’affirmation de soi (soumission ou domination) peut donc être localisé à certaines relations ou être généralisé à toutes les relations. Il est également possible d’observer des phénomènes de compensation entre différents domaines relationnels. Il arrive qu’une personne soit dominée sur son lieu de travail accumulant durant la journée un stress et des émotions négatives non exprimées (colère réprimée). Au retour dans le foyer familiale la personne peut compenser par la domination voire l’agressivité physique auprès de son ou sa conjoint(e), auprès de ses enfants, ou même auprès d’un animal de compagnie. Il ne s’agit pas, bien entendu, d’excuser ici l’agressivité qui vient soulager, d’une manière injustifiable, la souffrance accumulée durant la soumission qui précède. Le propos est de décrire avec précision un effet de compensation qui est parfois particulièrement manifeste dans certaines relations très conflictuelles, violentes psychologiquement voire physiquement. Dans ces situations il peut arriver qu’une des victimes de l’agressivité, par exemple la conjointe ou le conjoint, pousse l’autre à consulter en le (ou la) mettant au pied du mûr avec un ultimatum. Si la violence n’a pas atteint un certain niveau il est conseillé de consulter pour restaurer un équilibre dans la relation. La victime peut aussi consulter pour ne pas continuer à se laisser agresser, et apprendre à se défendre de cette compensation, par l’affirmation de soi, également pour restaurer sa confiance en soi et son estime de soi. Il arrive également que ce type de situation aboutisse à une thérapie de couple, ce qui peut être très approprié pour mettre fin à un déséquilibre relationnel conjugal.

L’effet cocotte minute

Au cours du temps, la position d’une personne habituellement passive peut évoluer brusquement vers l’affirmation de soi ou l’agressivité. Il arrive en effet que se produise un effet « cocotte minute » au cours duquel une personne adopte dans un cadre relationnel un comportement passif au cours d’une période relativement longue, accumulant de la sorte le stress et des émotions négatives réprimées, cela peut durer plusieurs mois voire plusieurs années. Cette accumulation peut aboutir à une colère explosive soudaine et ressentie comme d’autant plus violente par l’entourage qu’il n’y est pas habitué, et donc ne s’y attend pas. L’explosion agressive peut être verbale ou physique dans un moment où pourtant la situation elle-même n’explique pas vraiment l’explosion, c’est bien l’accumulation dans le temps qui explique alors l’explosion. Cette réaction incompréhensible pour l’entourage peut entraîner la stupeur, des reproches, ou parfois la fuite. Une très belle illustration de ce phénomène se produit dans le film « La crise » de Coline Serreau lorsque Maria Pacôme qui joue la mère de Vincent Lindon étonne toute sa famille par sa décision de vivre une relation avec un amant. Dans ce cas, l’évolution du comportement ne va pas jusqu’à l’agressivité mais passe de la passivité à l’affirmation de soi, avec un comique de situation parfaitement maîtrisé par le jeu des acteurs de ce film. Néanmoins, dans la réalité, cela ne se passe pas toujours aussi bien. L’effet cocotte minute passe plus souvent par une explosion plus agressive qu’affirmée. Elle se conclut par un sentiment de détresse, de tristesse et de culpabilité, puis à un retour au fonctionnement passif habituel. Dans ce cas le fait de consulter un psychologue formé au thérapies d’affirmation de soi  peut être tout à fait indiqué pour ne pas retomber dans ce cycle d’accumulation-explosion qui peut être destructeur psychologiquement et sur le plan relationnel.

Joffrey Romon – Psychologue – Toulouse