Affirmation, confiance et estime de soi

Trois dimensions articulées déterminantes dans la qualité des relations et le bien-être psychologique

Si dans notre société, les humains naissent et demeurent libres et égaux en droit, les capacités de chacun sont variables. L’égalité et la liberté en droit accordées à tous ne leur donnent pas systématiquement la même santé, ni la même force physique, ni encore les mêmes compétences intellectuelles. De la même façon, les capacités d’affirmation de soi, la confiance en soi ou l’estime de soi sont aussi très variables entre individus. Notre société et son cadre juridique laisse donc une part déterminante à nos capacités physiques, psychologiques, individuelles et relationnelles.

Au delà des différences sur le plan physique, du ressort d’autres disciplines (médicale, sportive, etc.), les psychothérapies ont une précieuse contribution à fournir à propos des variables psychosociales comme l’affirmation de soi, la confiance en soi et l’estime de soi. Ces trois dimensions sont d’une importance capitale dans toutes les relations qu’entretiennent les individus, que ce soit en famille, au travail, dans le domaine amical ou encore dans les relations conjugales. Elles agissent sur la qualité de toutes les relations, et sur le bien-être psychologique.

La recherche en psychologie abonde d’études qui montrent comment des difficultés d’affirmation de soi, un manque de confiance en soi, ou une faible estime de soi peuvent contribuer à des troubles anxieux comme la phobie sociale, ou des troubles dépressifs. Les troubles du comportement alimentaire comme l’anorexie et la boulimie présentent aussi des tableaux cliniques dans lesquels apparaissent au premier plan des difficultés d’estime de soi, notamment au travers de l’importance excessive accordée à la silhouette, à l’image corporelle et à la peur de l’obésité. Les troubles de la personnalité borderline et de la personnalité narcissique comportent également des failles notables dans l’estime de soi. A contrario, la confiance en soi, l’estime de soi, et l’affirmation de soi, lorsqu’elles sont bien présentes, assurent une qualité relationnelle qui influence positivement le bien-être psychologique. Elles contribuent à protéger de difficultés relationnelles tel que le harcèlement moral, et diminuent les risques de troubles psychologiques tels que les troubles anxieux et dépressifs.

 

Mais que recouvrent précisément ces trois dimensions ? Peut-on les distinguer ou sont-elles équivalentes, ou synonymes ? Comment s’articulent-elles dans le fonctionnement humain ?

Ces trois dimensions peuvent paraître équivalentes voire synonymes mais ne le sont pas. Elles sont, certes proches, mais bien distinctes, et s’articulent étroitement dans le fonctionnement humain. Elles interagissent en cascade les unes sur les autres et finalement sur le bien-être psychologique.

L’affirmation de soi  est un comportement visible, une compétence relationnelle, qui permet d’exprimer ce que l’on pense, ce que l’on ressent, ses désirs ou ses besoins, tout en permettant à l’autre d’exprimer également ce qu’il pense, ce qu’il ressent, ses besoins ou ses désirs.
La confiance en soi renvoie aux croyances qu’entretient un individu sur ses capacités, qu’elles soient physiques, psychologiques, individuelles ou relationnelles. Lorsque la confiance en soi porte sur ses capacités relationnelles, elle porte alors sur l’affirmation de soi. Une personne peut avoir ou non confiance en sa capacité de s’affirmer face à autrui.
L’estime de soi  renvoie à un jugement globale sur soi en terme de valeur. Elle repose sur une double évaluation. D’une part une évaluation par soi-même, et d’autre part une estimation à propos du jugement que les autres portent sur nous.

Pour comprendre comment interagissent les trois concepts quelques métaphores sont d’usage.
L’affirmation de soi peut être vue comme «partie émergée de l’iceberg» en ce qu’elle est la seule visible, alors que la confiance en soi et l’estime de soi demeurent dans l’esprit du sujet et peuvent rester invisible.

Iceberg

Parvenir à s’affirmer, c’est-à-dire à se faire respecter des autres tout en les respectant, entraîne logiquement la confiance en soi relationnelle qui est la conviction que l’on est capable de se faire respecter en respectant les autres. Cet enchaînement se poursuit vers une évaluation positive de sa valeur, qui est l’estime de soi. « Si j’ai réussi à me faire respecter sans devenir agressif, c’est que j’en suis capable, j’ai donc de la valeur ». Donc s’affirmer permet d’avoir confiance en soi, ce qui améliore l’estime de soi.

Après l’image de l’iceberg, une seconde image, celle de la fontaine de champagne permet d’illustrer cette dynamique articulatoire entre l’affirmation de soi, la confiance en soi, et l’estime de soi. Les verres disposés en pyramide lors des mariages, pour que le champagne s’écoule successivement du sommet vers la base, rappellent l’enchaînement entre les trois dimensions psychologiques qui nous intéressent ici. Imaginons que dans cette fontaine de champagne les verres du sommet de la pyramide correspondent à l’affirmation de soi, que les verres à mi-hauteur renvoient à la confiance en soi, et que les verres de la base représentent l’estime de soi. Dans cette disposition, remplir les verres du sommet correspond au fait de s’affirmer, ce qui permet d’alimenter les verres à mi-hauteur qui renvoient à la confiance en soi, puis les verres de la base qui illustrent l’estime de soi. Inversement, on peut trouver l’enchaînement psychologique suivant : « Si je ne parviens pas à me faire respecter, c’est que j’en suis incapable, je ne dois donc pas avoir beaucoup de valeur ». Le manque d’affirmation de soi affecte alors la confiance en soi, ce qui aboutit à un impact négatif sur l’estime de soi.

Il existe aussi un effet positif d’une bonne estime de soi sur la confiance en soi et sur l’affirmation de soi. Cela marche donc aussi dans l’autre sens. En effet une personne ayant une bonne estime de soi, par la valeur qu’elle s’accorde, aura plutôt tendance à se croire capable, et donc à avoir une bonne confiance en soi, ce qui entraîne aussi une tendance à s’affirmer.

Les thérapies comportementales et cognitives peuvent consister à renforcer l’affirmation de soi par le jeu de rôles  afin d’augmenter la confiance en soi, et l’estime de soi. C’est l’option comportementale dans laquelle les changements «superficiels» donnent lieu à des changements plus «profonds», cette approche est le plus souvent la plus efficace même pour agir sur l’estime de soi. Il est également possible de travailler directement sur l’estime de soi  en travaillant sur la partie cognitive, par un dialogue sur la façon d’estimer sa propre valeur. Il est aussi possible de travailler directement sur la confiance en soi , par un dialogue sur la façon d’évaluer ses capacités. Mais l’engagement dans des actions ciblées reste incontournable pour progresser même sur le plan mental (ou « cognitif »).

Joffrey Romon – Psychologue – Toulouse


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L’image “Iceberg” a été fournis gracieusement par Freepik