Achat compulsif

Faire face aux effets de nos sociétés consuméristes

Lorsqu’on évoque l’addiction, les premières images qui nous viennent à l’esprit se réfèrent aux dépendances à des substances en vente libre comme l’alcool ou le tabac. On pense aussi aux drogues illicites comme le cannabis, la cocaïne ou l’héroïne. Parfois nous pensons aux médicaments psychotropes prescrit par les médecins tels que les somnifères, les anxiolytiques ou les antidouleurs. Nous avons vu dans l’article précédent  comment chez les personnes qui souffrent de telles addictions, ces substances prennent une fonction émotionnelle. Cette fonction de suppression à court terme d’émotions négatives est soumise à une baisse progressive de l’effet de ces substances et à la résurgence des émotions désagréables, amenant à augmenter les doses et la fréquence de l’usage de la substance.

Il est plus facile de se représenter ces addictions car elles sont connues et étudiées depuis longtemps, ces substances ont de surcroît développé une réputation addictive auprès du grand public. Les messages de prévention en tout genre peuvent difficilement nous échapper notamment sur les paquets de cigarettes, à la télévision concernant l’alcool, ou sur les notices des psychotropes prescrits par les médecins. En revanche il existe un certain nombre d’addictions dont l’étude est plus récente et qui passent encore inaperçues auprès du grand public.

Il s’agit des addictions sans substances, que l’on nomme aussi « addictions comportementales », sous cette rubrique coexistent le jeu pathologique, les achats compulsifs, l’addiction au sexe, l’addiction au travail ou encore la cyberdépendance.

Dans le cadre des achats compulsifs, nous pouvons décrire un phénomène analogue aux addictions classiques, comme pour la prise d’une substance addictive, l’achat compulsif revêt une fonction anxiolytique et/ou antidépressive. Il permet à la personne de répondre, parfois au cour d’un épisode de tristesse, à une sensation de manque ou de besoin. L’acheteur compulsif est en proie à un intense et soudain désir et accompli son achat comme un moyen de réduire ou de faire disparaître ces tensions internes. Ce qui permet aussi d’établir le caractère excessif du comportement réside dans la présence de certains indices comme le fait que la personne éprouve une importante frustration émotionnelle en cas d’empêchement de l’achat, et paradoxalement apparaîtra un sentiment de culpabilité en cas d’achat. De surcroît, les personnes qui souffrent d’achat compulsif se retrouvent souvent avec des objets qu’ils n’utilisent pas et qui s’entassent chez elles, et parfois avec le même objet en plusieurs exemplaires, dans les cas les plus sérieux.

Cette addiction comportementale peut être traitée en adaptant, avec des ajustements, les méthodes de psychothérapies qui ont fait leur preuve dans le cadre des addictions « classiques », car il est établi qu’elle répond aux mêmes logiques émotionnelles. Elles se mettent en place sous forme de cercles vicieux faisant intervenir les mêmes tentatives d’évitement à court terme d’émotions négatives, et aboutissent aux mêmes conséquences sur l’entourage familial, et aux mêmes conséquences financières. Les psychothérapies auront alors plusieurs étapes, d’un travail sur la prise de conscience du problème elles chemineront vers des décisions prises par le patient pour limiter les achats, en passant par un travail sur la motivation. L’aspect motivationnel est central dans les thérapies destinées aux personnes qui souffrent d’addiction et peut être renforcée par des techniques issues de l’entretien motivationnel. Il s’agira aussi d’aider le patient à trouver par quelles activités plus saines psychologiquement il pourra remplacer ces activités addictives. Cette démarche nécessite un accompagnement personnalisé.

Cette addiction comportementale peut être traitée dans un cadre privé comme c’est le cas dans une psychothérapie, il importe néanmoins de souligner que l’expansion de ce phénomène d’achats compulsifs est encouragé dans nos sociétés.

En effet, les sociétés consuméristes, avec ses « facilités de paiements », le développement des ventes par correspondance et des achats sur internet, et dans lesquelles foisonnent les propositions d’un certain type de biens et services, entraînent une gestion inadéquate de l’argent. Nous parlons ici des biens et services dont le besoin a été soigneusement crée artificiellement, et qui ne répondent qu’à des plaisirs « faciles », c’est à dire sans efforts, intenses, euphorisants, mais éphémères. Des plaisirs pour lesquels les sensations d’insatisfaction et de manque sont voués à réapparaître de façon inévitable et assez rapidement, ce qui au passage est dans l’intérêt financier de ceux qui les proposent.

Par opposition, les activités saines psychologiquement, qui préservent des addictions et d’autres troubles psychologiques, font souvent intervenir l’effort avant un plaisir qui sera moins intense ou euphorisant, mais plus diffus et durable. C’est le cas de la marche en forêt, de la lecture d’ouvrage de qualité, de l’exercice physique régulier, de l’apprentissage d’un instrument de musique, ces activités demandent nécessitent des achats plus espacés et conduisent à des efforts, ils aboutissent à un plaisir moins facile, plus progressif et ils renforcent psychologiquement en développant des qualités nécessaires au bien être psychologique comme la patience et le goût de l’effort.

Actualité : Voir l’intervention de Michel Cymes sur mon blog

Joffrey Romon – Psychologue – Toulouse